Nicolas Dufour-Laperrière

Profil de l'Artiste

Nicolas Dufour-Laperrière est d'abord photographe, bien que formé en anthropologie et œuvrant régulièrement en cinéma. Son travail, s'il s'inscrit dans une démarche documentaire, relève d'une approche plurielle de l'image. Ses photographies aspirent à la fois à l'ordinaire et au particulier, négociant dans l'exactitude d'une captation du réel la place d'un récit, la trace des usages et cultures qui la rendent possible et lui permettent de faire sens.

Au hasard des corps, des objets et des lieux captés, par le jeu de l'objectivisation et de la distanciation qu'implique le processus photographique, Dufour-Laperrière articule et problématise une cosmogonie toute personnelle. Les mémoires et les imaginaires collectifs se rencontrent, les identités nationales et leurs mythes fondateurs émergent, se croisent, s'explicitent. L'image fixe s'offre alors, en alternance, comme un théâtre intime et commun, réel et rêvé, vernaculaire et actuel. Le temps figé laisse poindre une profondeur historique et la perspective mouvante d'une continuité : celle-là même que l'on devine inscrite en creux dans les fragments éclatés du monde immobile de la photographie. 

Théorie des Corps est un essai photographique sur les Jésuites du Canada français, sur l’Institution qu’ils constituent. Prêtres, missionnaires et gens d’Église qui assistent et président, dans la périphérie de notre société contemporaine, à leur avenir changeant, tout en perpétuant ces gestes et rituels formant survivance et résistance. Cet essai jette un regard sur ces hommes de Foi et explore en images leur inscription en ces lieux qu’ils occupent et où se forme leur quotidien.

Dans le contexte sociopolitique qui est le nôtre, tendu entre une perte de sens et de confiance, entre les difficultés identitaires de sociétés en redéfinition et leurs quêtes d’un projet collectif à réactualiser, de réfléchir à ce qui fut afin de le projeter dans ce qui sera est primordial. En ce sens, Théorie des Corps tente humblement de lever le voile sur des lieux, des objets, des corps qui sont un peu les nôtres : des choses tangibles et familières formant entre elles un tout changeant, mais cohérent. Tout en évitant la linéarité narrative et un regard nostalgique sur un passé marqué par les orthodoxies et les conservatismes asphyxiants, ce projet tente d’y déceler une trajectoire et un sens, une compréhension diffuse de l’enchevêtrement des êtres et des lieux, une sorte de théorie des corps.

2015Le Devoir | Jérôme Delgado
 Le sceau politique | 17 janvier
 
a picture a day | kikkerbillen
 pictures by Nicolas Dufour-Laperrière |