Oubli et reconnaissance (Commissaire: Mario Côté)

Annie Poulin, Cynthia Girard, Nicole Lebel

17 janvier - 14 avril 2004

Trois artistes peintres de la génération émergente, dont les approches sont fort différentes, ont été réunies afin de mettre en lumière un geste plutôt paradoxal, celui de l’oubli et de la reconnaissance. L’oubli est ici entendu soit comme tension menaçante, soit comme apaisement de la mémoire, tandis que la reconnaissance est alors identifiée comme un équilibre précaire face à l’effacement des traces. L’oubli est vulnérabilité, la reconnaissance devient stabilité. L’attention à ce double phénomène est posée comme une hypothèse de réflexion aussi bien face à l’acte de peindre qu’à travers la perception des formes.

Nicole Lebel aborde la peinture d’une manière méthodique en inscrivant de petites marques géométriques sur une ligne horizontale ou verticale. D’un coup de dé, les petites formes trouvent leur emplacement et s’énumèrent sur une surface de bois verni. Chacune des formes possèdent de subtiles variations de teintes produisant ainsi un effet de brouillage. Le tableau est ainsi formé de plusieurs surfaces de différentes dimensions formant ainsi un ensemble. Face à la théâtralité imposée par l’art minimal, Lebel propose plutôt des tableaux de formats moyens. Ils forment ainsi de petites chroniques de la vie quotidienne, des histoires du temps qui risquent d’être voilées et oubliées par un regard pressé.

Le travail d’Annie Poulin trouve certaines affinités avec celui de Nicole Lebel. Ses tableaux s’affirment dans un ensemble : le triptyque. De plus, ils s’élaborent dans une temporalité : un simple trait de pinceau est répété systématiquement sur une surface de toile libre afin de la recouvrir complètement. La fluidité du pinceau, la fatigue et la perte d’attention forment des éléments de base du travail de l’artiste. Et chaque section du triptyque fonctionne comme un agrandissement du premier geste. D’un tableau à l’autre, l’artiste mémorise le geste et l’intention révélée par ce geste. Puis, le contrôle et la maîtrise s’estompent pour laisser place à une toute nouvelle réalité devenue plus immédiate, plus reconnaissable.

Le travail de Cynthia Girard, dont l’exposition solo chez Miller/Geisler (New York) a été souligné dans la dernière édition de Art in America, forme une rupture dans l’exposition en introduisant la narration figurative que l’on peut facilement qualifier de type documentaire. Le geste du peintre au travail est ici métaphoriquement suggéré par le trajet incessant de la fourmi laborieuse. Mais cette dernière rencontre un obstacle, elle devra traverser un pont trop étroit qui enjambe une rivière représentée schématiquement par une double ondulation. Ce symbole de la rivière peint en rouge contraste vivement avec un fond vert glacial. Le tableau met ainsi en jeu, d’une part, des effets chromatiques haut en contrastes et, d’autre part, des effets de narration relevant de la scène de genre traitée naïvement. Ainsi l’artiste s’amuse à reprendre les incongruités de la représentation perspectiviste chez les peintres animaliers afin de mettre l’accent sur les détails et les aberrations de la représentation réaliste.

Commissaire : Mario Côté 

Communiqué de presse